Samedi 26 mai 2012
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Alexia Tarabotti doit composer avec quelques contraintes sociales. Primo, elle n’a pas d’âme. Deuxio, elle est toujours célibataire
et fille d’un père italien, mort. Tertio, elle vient de se faire grossièrement attaquer par un vampire qui, défiant la plus élémentaire des politesses, ne lui avait pas été présenté. Que faire ?
Rien de bien, apparemment, car Alexia tue accidentellement le vampire. Lord Maccon – beau et compliqué, Écossais et loup-garou à ses heures – est envoyé par la reine Victoria pour enquêter sur
l’affaire. Des vampires indésirables s’en mêlent, d’autres disparaissent, et tout le monde pense qu’Alexia est responsable. Découvrira-t-elle ce qui se trame réellement dans la bonne société
londonienne ? Qui sont vraiment ses ennemis, et aiment-ils la tarte à la mélasse ?
Mademoiselle Tarabotti, jeune vieille fille de 26 ans appartenant à la bonne société victorienne
londonienne, évolue dans un monde où les créatures surnaturelles comme les fantômes, les vampires ou les loups-garous côtoient (presque) pacifiquement les humains lambda. Mais ceci ne la dérange
pas plus que ça puisqu'elle même est dépourvue d'âme ce qui, on en conviendra, peut s'avérer assez problématique par moments. Mais cela ne veut absolument pas dire qu'elle n'a pas de caractère;
au contraire, le sien est aussi exécrable qu'épouvantable et elle n'hésite pas un seul instant à en faire montre, au grand dam de sa pauvre mère qui a totalement perdu espoir de la caser un jour,
et doit supporter ses frasques perpétuelles, et pour le plus grand plaisir du lecteur qui se délecte de ces scènes
d'anthologie.
Le caractère de mademoiselle Tarabotti fait très certainement partie des charmes de cet opus: intelligente,
volcanique, et pleine de fantaisie, elle fait le partenaire idéal pour lord Maccon, le ténébreux loup-garou enquêteur. Leurs joutes verbales sont tout aussi attendues - voire plus - que les
éléments de résolution de l'enquête. Celle-ci exploite parfaitement l'aspect surnaturel de la majeure partie des protagonistes. La mythologie propre à l'univers de Gail Carriger est rapidement et
simplement mise en place, sans que l'on se perde de trop dans le vocabulaire propre à son microcosme.
L'intégration des surnaturels dans la société humaine donne une certaine originalité à la chose:
finis les complots pour se dissimuler, la crainte d'être vus par les humains! On assiste avec une jubilation certaine aux rapports indécis entre humains et surnaturels qui attirent, fascinent et
terrifient tout à la fois les précédents. L'ère victorienne offre de plus de merveilleuses possibilités en termes d'intrigues et de fantastique, tant elle fut foisonnante d'idées, de découvertes
et de superstitions -autant d'aspects que l'auteur utilise très bien à son avantage, tout comme le développement des sciences à l'époque.
L'auteur réussit en plus à se démarquer assez nettement des clichés couramment observés dans le genre, pour les détourner à sa guise. Mêlant allègrement les codes des œuvres du XIXe et contemporaines, du steampunk et de la fantasy
urbaine (ou bit-lit pour les aficionados du terme, vu qu'Alexia correspond assez bien aux héroïnes prisées du genre, quoiqu'en plus classe), Gail Carriger offre une fiction très décalée. Aux considérations morales et vestimentaires toutes victoriennes succèdent des scènes d'une violence inouïe
(planter un vampire avec une épingle à chapeau, a-t-on idée?!) et parfaitement déplacées (oui car après tout, on pourrait apercevoir les chevilles d'Alexia et ce serait vraiment affreux pour sa
réputation!) pour ces personnages très ancrés dans leur époque. Ces décalages constants entre les actions des personnages et la morale bienséante à laquelle ils s'astreignent donnent lieu à de
savoureuses réflexions et des commentaires à pouffer de rire. Alors certes, l'idylle se voit venir de très loin, et les considérations sur les formes d'Alexia sont un peu lassantes à la longue,
mais tout est tellement fait dans le respect des codes de l'époque (et d'autant plus décalés grâce au surnaturel) que l'on pardonne volontiers à l'auteur ce petit écart pour se concentrer sur le
reste, hautement mis en valeur par son style. Fluide, tantôt humoristique, tantôt caustique, la plume de l'auteur rend l'aventure trépidante, et distille une tension habilement maintenue, ce qui
fait de cet ouvrage un roman dangereusement addictif.
Gail Carriger nous offre donc une intrigue réfléchie et bien menée, animée par des personnages hauts en couleurs que l'on quitte à grand regret. Décalé, décapant, captivant et souvent délirant,
ce roman est un vrai coup de cœur, que je relirai avec grand plaisir! Tant et si bien que la suite est déjà dans ma PAL!
Je remercie donc très chaleureusement Livraddict et Le Livre de Poche, grâce à qui j'ai pu faire cette excellente découverte!
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Le Protectorat de l'ombrelle #1, Sans
âme, Gail Carriger.
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Le Livre de Poche, 2012,
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Steampunk, urban fantasy, bit-lit.
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9,5/10.
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