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Vendredi 1 juin 2012 5 01 /06 /Juin /2012 10:23


Coup-de-coeur
isayama-bottero-thouard

Le jeune Kwaï aime observer les caravanes qui traversent son village et les hommes qui se lancent à l'assaut d'Isayama, la reine des montagnes. Isayama, si haute et si escarpée que jamais personne ne l'a vaincue. Alors que les expéditions se succèdent en vain , Kwaï rêve d'être le premier à se percher sur la tête de la montagne. Aidé par les sages conseils de Luna, son arrière grand-mère, Kwaï, devenu adulte, pourra à son tour tenter l'aventure.


C'est avec un plaisir non dissimulé que j'ai retrouvé Pierre Bottero et Jean-Louis Thouard, deux artistes que j'apprécie énormément. 
Et Isayama ne m'a pas déçue; on y reconnaît bien le style poétique de Pierre Bottero, magnifiquement illustré par Jean-Louis Thouard, texte et illustrations se disputant la vedette.

L'histoire rappelle nécessairement l'univers de l'auteur, Gwendalavir, par les leçons de sagesse disséminées dans le conte qui respecte d'ailleurs la structure classique répétitions-évolutions. Il fait penser aux contes de sagesse asiatiques, où c'est justement par la répétition d'une situation incongrue que progresse le personnage dans la sagesse - ce que souligne admirablement le dessin de Jean-Louis Thouard, qui rappelle lui aussi les steppes des pays du soleil levant.
On ne peut que deviner la philosophie marchombre sous les sages conseils de Iuna; longtemps, on attend que Kwaï vole de ses propres ailes et on perçoit nettement l'instant où il le fera. Il grandit et, au fil des années, acquiert une sagesse qu'on ne peut que lui envier. Fort des conseils et de l'expérience acquise par la longue et tenace observation menée des années durant, Kwaï entreprend d'arpenter le chemin qui, peut-être, le mènera en haut d'Isayama (ce dont il rêve depuis sa plus tendre enfance).

Isayama est donc un conte aussi sage que poétique, magnifiquement illustré et qui plaira très certainement aux petits comme à leurs parents! A mettre entre toutes les mains, sans limite d'âge!


  • Isayama, Pierre Bottero (auteur), Jean-Louis Thouard (illustrateur).
  • Milan Jeunesse, 2007, 44 pages.
  • Conte sage, album jeunesse illustré.
  • 10/10
Par Sia - Publié dans : Jeunesse et young adult - Communauté : Membres de Livraddict
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Jeudi 31 mai 2012 4 31 /05 /Mai /2012 11:30


Coup-de-coeur
papa-part-maman-ment-mémé-meurt



Papa part

Papa veut partir de la maison, pourquoi ? — il en a marre de voir ma mère, il supporte plus les haricots verts, il en a marre de toujours rentrer au même endroit tous les soirs, toute l’année, il veut faire son intéressant il veut qu’on le supplie de rester, il supporte plus le papier peint du salon, je le comprends.

Maman ment
elle est pompée, elle nous pompe, elle nous pompe l’air, elle m’énerve, elle a les nerfs, elle a les dents pointues, elle a la hargne, elle a chopé l’angoisse, elle nous file l’angoisse, c’est une angoisse vivante, c’est pas la joie

Mémé meurt
Mémé a dit : ma petite chérie, ne pleure pas quand je serai morte. Je serai enfin heureuse, et de toute façon tu viendras me rejoindre un jour.



"Papa part", "Maman ment" et "Mémé meurt" sont trois textes écrits par Fabienne Yvert dans sa jeunesse. Si les deux premiers sont liés, l'un étant la conséquence "logique" de l'autre, le dernier semble plus indépendant et non lié aux précédents -si ce n'est par les sentiments qu'il inspire aux personnages, et qui eux restent dans la même veine.

Il n'y a pas vraiment d'histoire, ou plutôt, pas d'histoire revendiquée, si ce n'est celle du douloureux éclatement familial intimement perçu. Ce petit ovni peut être lu comme un exercice de style de haut vol, parfaitement maîtrisé par l'auteur. Les phrases, les mots s'enchaînent, mêlant jeux sur les sonorités et jeux sur les mots; l'éditeur parle d'écriture défouloir. Et on voit très bien ce que ces longues phrases peuvent avoir de jubilatoire, tant la maîtrise du rythme et des sons est remaquable.
Les mots s'écoulent, et les idées avec, quasiment sans que l'on s'en rende compte. L'écriture est mimétique de la pensée, et c'est pour cette raison qu'il est si facile de s'y plonger, ce que l'on fait sans hésiter et avec délices. On saute d'un mot à l'autre par le biais des assonances et des allitérations qui portent habilement le propos. Le style, si particulier, joue avec les mots, offrant un texte entre poésie et litanie, dont le rythme et le rendu sont d'une rare élégance, et d'une grande finesse.

A signaler enfin que l'objet livre est remarquable en lui même; imprimé sur papier polychrome, il porte l'écriture manuscrite de l'auteur, prémisse de ces jeux sur les lettres et les sons, avant-goût des circonvolutions sonores que l'on va goûter à l'intérieur. Si le propos n'est, en lui même, pas particulièrement réjouissant (comme l'annonce le titre), il sonne juste et vrai tant il peut se faire poignant et incite à la relecture, pour le seul plaisir des sens.

  • Papa part maman ment mémé meurt, Fabienne Yvert. challenge-abc2012
  • Attila, 2001 (1ère édition 1999), 80 pages.
  • Littérature française contemporaine.
  • 10/10
Par Sia - Publié dans : Littérature française - Communauté : Membres de Livraddict
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Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 10:26

 



magicienne-quesne

La tradition veut que les enfants roux soient suspectés d'être liés avec le Diable. Alors, quand on s'aperçoit que la petite fille née le jour de la fête des morts est rousse, il y a de quoi déclencher la vindicte populaire. Il est vrai que Sylve n'est pas une petite fille comme les autres. Bien qu'elle ne comprenne pas ce qui la différencie des autres. C'est vrai qu'elle possède de nombreuses facultés qui feraient trembler le moindre habitant de son village. Toutefois, il s'avèrera qu'elle n'est pas un suppôt du Diable, mais une vraie magicienne ...

Dans le duché de Matarne et aux alentours, il ne fait pas bon vivre lorsqu'on est roux... d'autant plus si l'on est une femme, bien faite de sa personne, intelligente et dotée de pouvoirs!
C'est l'histoire de Sylve que Didier Quesne nous raconte ici avec maestria.
Les personnages ont tous ce petit quelque chose en plus qui les rend attachants: Sylve, indépendante et fière peut tour à tour se montrer sans défense et extrêmement forte. Gault, quant à lui, perd un peu trop rapidement de sa superbe mais reste un personnage que l'on suit avec plaisir. Louise, de son côté, évite de justesse le cliché éculé de la femme guerrière et savante, et incarne à la perfection son rôle de gardienne, sans être omniprésente.


Les descriptions évocatrices qui émaillent le récit suffiraient à faire s'évader le lecteur... mais ce serait sans compter les dialogues! Didier Quesne reproduit à cette occasion un langage médiéval
plonge directement le lecteur dans l'univers, le rendant d'autant plus attractif, tout en lui conférant un fort aspect de réel. On se fait très rapidement à cette façon de parler inhabituelle, car les mots sont accessibles et parfaitement compréhensibles dans le contexte et l'on sent que tout cela a été maintes fois travaillé pour obtenir cet effet sonore si caractéristique. Ce sont des dialogues que l'on imagine sans peine prononcésavec l'accent de l'époque, ce qui donne à certaines scènes un aspect solennel, à d'autres un aspect comique indéniable (ces dernières étant plus rares!) et qui mériteraient une lecture à voix haute pour le seul plaisir d'entendre s'écouler ces mots oublié et divinement agencés.


L'intrigue, si elle reste classique, est bien menée et alimentée; il y a du mystère, du complot, une larme d'histoire, une goutte de fantastique et un soupçon de paganisme folklorique, qui font que les divers éléments s'emboîtent remarquablement vite et bien, sans toutefois gâcher le suspense, ce qui contribue à faire de ce roman un opus de haut vol et d'une lecture fort agréable.


Magicienne propose, en somme, une jolie fable sur les inconvénients d'être une femme intelligente et ne correspondant pas aux canons de la beauté à une certaine époque... où tout signe distinctif est immédiatement interprété comme engeance du malin. Doublant cet argument d'une subtile dénonciation des croyances aveugles, Didier Quesne signe là un roman touchant, que l'on relirait avec grand plaisir.


  • Magicienne, Didier Quesne.
    ABC 2012 Litt imaginaire
  • Nestiveqnen, 2003, 315 pages.
  • Fantasy.
  • 8/10.

 

 




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dons-chroniques-rivages-ouest-u-k-le-guin

Par Sia - Publié dans : Fantasy - Communauté : Membres de Livraddict
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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 12:48

sans-âme-tarabotti-carriger Coup-de-coeur

Alexia Tarabotti doit composer avec quelques contraintes sociales. Primo, elle n’a pas d’âme. Deuxio, elle est toujours célibataire et fille d’un père italien, mort. Tertio, elle vient de se faire grossièrement attaquer par un vampire qui, défiant la plus élémentaire des politesses, ne lui avait pas été présenté. Que faire ? Rien de bien, apparemment, car Alexia tue accidentellement le vampire. Lord Maccon – beau et compliqué, Écossais et loup-garou à ses heures – est envoyé par la reine Victoria pour enquêter sur l’affaire. Des vampires indésirables s’en mêlent, d’autres disparaissent, et tout le monde pense qu’Alexia est responsable. Découvrira-t-elle ce qui se trame réellement dans la bonne société londonienne ? Qui sont vraiment ses ennemis, et aiment-ils la tarte à la mélasse ?

 

Mademoiselle Tarabotti, jeune vieille fille de 26 ans appartenant à la bonne société victorienne londonienne, évolue dans un monde où les créatures surnaturelles comme les fantômes, les vampires ou les loups-garous côtoient (presque) pacifiquement les humains lambda. Mais ceci ne la dérange pas plus que ça puisqu'elle même est dépourvue d'âme ce qui, on en conviendra, peut s'avérer assez problématique par moments. Mais cela ne veut absolument pas dire qu'elle n'a pas de caractère; au contraire, le sien est aussi exécrable qu'épouvantable et elle n'hésite pas un seul instant à en faire montre, au grand dam de sa pauvre mère qui a totalement perdu espoir de la caser un jour, et doit supporter ses frasques perpétuelles, et pour le plus grand plaisir du lecteur qui se délecte de ces scènes d'anthologie.
Le caractère de mademoiselle Tarabotti fait très certainement partie des charmes de cet opus: intelligente, volcanique, et pleine de fantaisie, elle fait le partenaire idéal pour lord Maccon, le ténébreux loup-garou enquêteur. Leurs joutes verbales sont tout aussi attendues - voire plus - que les éléments de résolution de l'enquête. Celle-ci exploite parfaitement l'aspect surnaturel de la majeure partie des protagonistes. La mythologie propre à l'univers de Gail Carriger est rapidement et simplement mise en place, sans que l'on se perde de trop dans le vocabulaire propre à son microcosme.
L'intégration des surnaturels dans la société humaine donne  une certaine originalité à la chose: finis les complots pour se dissimuler, la crainte d'être vus par les humains! On assiste avec une jubilation certaine aux rapports indécis entre humains et surnaturels qui attirent, fascinent et terrifient tout à la fois les précédents. L'ère victorienne offre de plus de merveilleuses possibilités en termes d'intrigues et de fantastique, tant elle fut foisonnante d'idées, de découvertes et de superstitions -autant d'aspects que l'auteur utilise très bien à son avantage, tout comme le développement des sciences à l'époque.

L'auteur réussit en plus à se démarquer assez nettement des clichés couramment observés dans le genre, pour les détourner à sa guise. Mêlant allègrement les codes
des
œuvres du XIXe et contemporaines, du steampunk et de la fantasy urbaine (ou bit-lit pour les aficionados du terme, vu qu'Alexia correspond assez bien aux héroïnes prisées du genre, quoiqu'en plus classe), Gail Carriger offre une fiction très décalée. Aux considérations morales et vestimentaires toutes victoriennes succèdent des scènes d'une violence inouïe (planter un vampire avec une épingle à chapeau, a-t-on idée?!) et parfaitement déplacées (oui car après tout, on pourrait apercevoir les chevilles d'Alexia et ce serait vraiment affreux pour sa réputation!) pour ces personnages très ancrés dans leur époque. Ces décalages constants entre les actions des personnages et la morale bienséante à laquelle ils s'astreignent donnent lieu à de savoureuses réflexions et des commentaires à pouffer de rire. Alors certes, l'idylle se voit venir de très loin, et les considérations sur les formes d'Alexia sont un peu lassantes à la longue, mais tout est tellement fait dans le respect des codes de l'époque (et d'autant plus décalés grâce au surnaturel) que l'on pardonne volontiers à l'auteur ce petit écart pour se concentrer sur le reste, hautement mis en valeur par son style. Fluide, tantôt humoristique, tantôt caustique, la plume de l'auteur rend l'aventure trépidante, et distille une tension habilement maintenue, ce qui fait de cet ouvrage un roman dangereusement addictif.

Gail Carriger nous offre donc une intrigue réfléchie et bien menée, animée par des personnages hauts en couleurs que l'on quitte à grand regret. Décalé, décapant, captivant et souvent délirant, ce roman est un vrai coup de
cœur, que je relirai avec grand plaisir! Tant et si bien que la suite est déjà dans ma PAL!

Je remercie donc très chaleureusement Livraddict et Le Livre de Poche, grâce à qui j'ai pu faire cette excellente découverte! 

 

  • Le Protectorat de l'ombrelle #1, Sans âme, Gail Carriger. 
  • Le Livre de Poche, 2012,
  • Steampunk, urban fantasy, bit-lit.
  • 9,5/10.

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Par Sia - Publié dans : Urban fantasy & bit-lit - Communauté : Membres de Livraddict
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Samedi 26 mai 2012 6 26 /05 /Mai /2012 12:30



Et voilà, les lauréats du Grand Prix de L'Imaginaire, ont été dévoilés au festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo! Voici les heureux élus!

grand-prix-imaginaire.jpg



  • Roman francophone: Rêves de gloire, R. C. Wagner (L'Atalante).
  • Roman étranger: The City & the City, China Miéville (Fleuve Noir).

  • Roman jeunesse francophone : La Route des magiciens de Frédéric Petitjean (Don Quichotte).
  • Roman jeunesse étranger: Delirium  &  Le Dernier jour de ma vie de Lauren Oliver (Hachette jeunesse).

  • Nouvelle francophone: Boire la tasse (recueil), Christophe Langlois (L'Arbre vengeur).
  • Nouvelle étrangère: Ainsi naissent les fantômes (recueil), Lisa Tuttle (Dystopia).

  • Prix Jacques Chambon de la traduction : Patrick Dusoulier pour Les Enfers virtuels de Ian M. Banks (Laffont) et La Route de Haut-Safran de Jasper Fforde (Fleuve Noir).

  • Prix Wojtek Siudmak du graphisme : Joey Hi-Fi pour Zoo City de Lauren Beukes (Éclipse).

  • BD / Comics : Fraternity (tomes 1 & 2) de Juan Diaz Canales et José-Luis Munuera (Dargaud)
  • Manga : Soil (tomes 1 à 6) de Atsushi Kaneko (Ankama).

  • Essai : Nos Années Strange – 1970/1996 de Sébastien Carletti et Jean-Marc Lainé (Flammarion) &   Super-héros ! La puissance des masques de Jean-Marc Lainé (Les Moutons électriques).
  • Prix spécial : Les éditions José Corti, pour plus de 70 ans au service de l’Imaginaire.



Décerné depuis 1974, le Grand Prix de l'Imaginaire (GPI pour les intimes) est le prix français le plus ancien encore en activité, et le plus prestigieux. Consacré aux littératures de l'imaginaire (sciences-fictions, fantasy, fantastique et dérivés) également dites de "mauvais genre", c'est un prix très attendu, dont les nominés frétillaient d'impatience jusqu'à aujourd'hui. Le suspens est levé!
La liste des nominés de l'année est disponible ici.

Par Sia - Publié dans : Autour de la littérature - Communauté : Membres de Livraddict
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